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La Serbie "C'est la même Constitution que du temps de (Slobodan) Milosevic. Ils ne se rendent pas compte que le monde a changé."
LE MONDE
Më 28.10.06 | 15h16 • Mis à jour le 28.10.06 | 15h16

Milan Milosavljevic, 21 ans, étudiant en philosophie à la faculté de Mitrovica nord, affiche une mine déconfite. "C'est toujours la même histoire, dit-il. C'est la même Constitution que du temps de (Slobodan) Milosevic. Ils ne se rendent pas compte que le monde a changé."

Sous ses yeux, 5 000 personnes sont réunies à l'appel d'un groupe de partis politiques serbes représentatifs pour soutenir le oui à la Constitution soumise à référendum samedi 28 et dimanche 29 octobre en Serbie. Un texte qui réaffirme contre toute évidence que le Kosovo "a fait, fait et fera toujours partie de la Serbie".

Les militants du Parti radical serbe (SRS), dirigé par Vojislav Seselj depuis sa cellule de la prison du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, où il répond de crimes de guerre commis pendant la guerre en Croatie (1991-1995), sont très actifs dans les quartiers nord de cette ville divisée du Kosovo. "Ici, c'est la Serbie", peut-on lire sur les ruines d'une maison albanaise. Ils scandent le nom du général fugitif, Ratko Mladic, leur héros, inculpé de génocide depuis plus de dix ans par le TPIY.

Puis, à l'unisson d'Ivica Dacic, du Parti socialiste de Serbie, la formation de l'ancien homme fort, Slobodan Milosevic, ils clament que "le Kosovo est et restera toujours serbe", comme le prétend d'ailleurs la nouvelle Constitution. "Désespérant, commente Milan à voix basse. Comment peuvent-ils ignorer la volonté de 2 millions d'Albanais, qui ne veulent plus entendre parler de Belgrade ?"

La Serbie - 7,5 millions d'habitants - se prononce sans enthousiasme, samedi et dimanche, sur une nouvelle Constitution destinée à remplacer celle de 1990.

Ce texte avait alors passé à la trappe l'autonomie dont jouissaient le Kosovo (sud) et la Vojvodine (nord) dans la Yougoslavie de Tito. Rédigée à la hâte à Belgrade, "la nouvelle Constitution intervient à un moment marqué par une grande stagnation", commente dans la presse belgradoise Goran Svilanovic, ancien chef de la diplomatie yougoslave.

"Le Kosovo, la coopération avec la justice internationale, l'intégration aux institutions euro-atlantiques sont autant de questions restées en suspens et qui ont provoqué un sentiment d'incertitude", ajoute M. Svilanovic.

Dans le centre de Mitrovica nord, qui porte encore les stigmates des violences entre Serbes et Albanais à la fin des années 1990, Goran Svilanovic, traître à la cause serbe, est caricaturé sur un drapeau albanais et coiffé du petit chapeau blanc des paysans locaux.

Car l'ex-chef de la diplomatie yougoslave appartient à cette catégorie d'intellectuels serbes pour qui le Kosovo est bel et bien perdu. Belgrade n'a plus de prise sur cette région peuplée à plus de 94 % d'Albanais, tous favorables à l'indépendance. Une province dotée par la résolution 1244 de l'ONU d'une autonomie substantielle au sein de la Serbie, et placée sous administration internationale en juin 1999 après deux mois de campagne aérienne de l'OTAN pour forcer la Serbie à mettre un terme à la féroce répression à laquelle elle soumettait les indépendantistes albanais.

"Le Kosovo n'est pas perdu. Ce qui est perdu, en revanche, c'est cette poignée d'ordures politiques en Serbie qui le croit perdu", a menacé Aleksandar Vucic, secrétaire général des ultranationalistes du SRS, première formation au Parlement à Belgrade.


VIGILES AUTOPROCLAMÉS

Assis à la terrasse du café Dolce Vita de Mitrovica, Milan se lamente : "Ils ne voient pas où le nationalisme a mené la Serbie et que la perspective d'intégrer l'Europe s'éloigne à cause d'eux ?". Milan restera donc chez lui ou votera contre la Constitution. Il ne criera pas non plus sa position politique. "Trop dangereux !", lâche-t-il en lançant un regard inquiet vers une table où siège une poignée de "gardiens du pont".

Ces gardiens sont les vigiles autoproclamés de la prééminence serbe sur le nord du Kosovo, surveillant le passage au-dessus de la rivière Ibar qui divise la ville en quartiers albanais au sud, et serbe au nord.

Les deux millions d'Albanais du Kosovo devaient boycotter le référendum que Belgrade a d'ailleurs renoncé à vouloir organiser autre part qu'au nord de Mitrovica et dans les enclaves serbes où vivent encore quelque 130 000 Serbes. "Ce référendum ne changera rien pour nous. Je ne peux pas vous dire le jour et l'heure mais l'issue des négociations internationales est certaine : l'indépendance du Kosovo", explique l'ancien premier ministre kosovar, Hashim Thaqi, résumant le sentiment général prévalant dans la population albanaise.

Des élections générales devraient être organisées en Serbie si la Constitution est adoptée par la majorité de la moitié du corps électoral.

La communauté internationale a réaffirmé que l'issue du référendum en Serbie n'aurait pas de conséquences sur les négociations actuellement en cours sous les auspices de l'ONU pour doter le Kosovo d'un nouveau statut international. Mais les Albanais craignent que ces différents scrutins soient autant de manoeuvres dilatoires de la part de Belgrade pour décaler l'agenda des négociations sur l'avenir du Kosovo, négociations qui auraient dû aboutir avant la fin de l'année.



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